Claire Gérald​​

Directrice artistique, chorégraphe et danseuse de la compagnie TAM depuis 1999

Comme chaque danseur et chorégraphe, Claire est convaincue de la nécessité de la danse pour comprendre le monde. Formée toute petite par sa grand­-mère, l'amènera par la suite à se poser la question de la transmission : « La transmission m'intéresse lorsqu'elle agite ses contradictions qui sont la destruction, la démolition. Je crois, que pour transmettre, il faut avoir détruit, puis modifier, remodeler, transformer, réinventer, c'est-à- dire inventer. C'est ce que nous questionnons dans Princesse Pouf (création 2012 de la Compagnie) : fuir les codes familiaux, éducatifs, culturels, pour trouver sa propre façon d'être présent au monde, sa manière d'être vivant. ».


Elle suit les cours de danse contemporaine de Karin Waehner à la Scola Cantorum de 1974 à 1983 puis se forme auprès de Françoise et Dominique Dupuy de 1983 à 1986 aux Rencontres Internationales de Danse Contemporaine « Les cours que je suivis par la suite étaient sûrement conseillés par mes formateurs puisqu'il s'agissait de J. Andrews, J.Robinson, S. Diamon, Jean Gaudin, Loula Chourlin, Loïc Touzé­, Karim Sébar, Peter Goss... Il était toujours question de ce rapport au corps : intégration de la totalité de soi, écoute de la perception... Si la danse proposait autre chose comme la force de l'esthétique, le geste produit pour être vu, elle me semblait toujours reliée à l'attention portée à la perception. Le travail que je fis ensuite sur la machine Pilates et avec le yoga Iyengar confirmait cette idée de conscience de soi ». 
        Les commandes de spectacles pour les inaugurations des villes nouvelles des années 1980, les improvisations dans les rues, les performances dans les musées, tout comme la pratique de l'escalade vont nourrir son propre style chorégraphique, et lui donner l’envie d’investir des espaces de vie extérieurs. Ce qui la conduit à porter des projets en milieu rural à Château-Landon, commune rurale de la Seine-et-Marne complètement dépourvue de danse contemporaine, avec 200 danseurs (professionnels et amateurs confondus) pendant dix ans (de 1997 à 2007) « Il était vital de sortir des salles de spectacle pour toucher un large public. Nous sommes allés dans les écoles, les bibliothèques, les associations de toute sorte... Ce festival nommé « Tous en Danse » amenait 2000 spectateurs par an. Il s'agissait de sensibiliser une population tout en valorisant un lieu et son patrimoine en proposant de voir de la danse sur 20 000 m2 et d’interagir avec le public (bals modernes). J'ai invité à cette occasion les 20 très jeunes danseurs du conservatoire de Bakou (Azerbaïdjan) avec leur maître de ballet. Ils se sont liés d'amitié avec les danseurs de hip hop qui participaient au projet. J'ai compris que si la langue était un frein à la communication, la danse ne l'était pas, bien au contraire ». 
        Elle oscille entre la ville et la campagne, née à Paris, elle a vécu en pleine campagne pendant treize ans pour revenir à la ville aujourd'hui. La matière en mutation l'intéresse. Mémoire du vertical (spectacle en cours de création) questionne le rapport à la terre, cette terre qui se transforme, qui s'intègre et qui enveloppe. Elle continue ses recherches, inscrite au département Danse à Paris VIII depuis 2012, avide de baigner dans la création et la pensée en danse d'aujourd'hui.


La compagnie TAM évolue en considérant l'interprète aussi comme un créateur. L'expérience de Claire alliée à la fougue de la jeune danseuse Joséphine Tilloy fabriquent une circulation des imaginaires au ­delà des générations. Le choix du sujet d'une pièce repose sur une idée très large. La démarche de Claire est plutôt anthropologique que philosophique. Elle prépare des pistes de travail qui vont induire ses choix et cherche des moyens pour se défaire des automatismes et trouver de nouveaux gestes. Chaque personne a des habitudes de pré­mouvements, ce sont des micro ajustements que chacun fait à son insu avant de se mettre en mouvement. Si on peut lire ces ajustements, on peut demander de les modifier. Ainsi la posture peut être transformée et aura une incidence sur notre état émotionnel, et réciproquement tout changement affectif entraînera une modification, même imperceptible, de notre posture qui pourra transformer le geste « La prise de conscience de mes perceptions personnelles va affiner mon discernement et donc la communication avec mes danseurs, c'est un état de présence qui se veut être une conscience d'écoute primordiale pour pouvoir demander aux danseurs d'inventer. Je me mets à leur place. Cette empathie va permettre de percevoir ce que sent l’autre comme faire corps avec les autres corps. Afin de se laisser envahir par ce phénomène, il est nécessaire dans un premier temps de développer une grande capacité d’attention de soi. Cette capacité s’aiguise par le discernement de mes sensations. Je me suis souvent surprise à être sur le même rythme respiratoire que les danseurs, le même tonus. C'est comme si on dansait sans danser, le corps (corporéité) est en danse même s’il est assis, même s’il écrit sur une table, même s’il se déplace, même lorsqu’il parle... C’est ainsi que le plaisir de danser et d’inventer se propage, il s’enclenche et donne du sens ».

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